Arthur, le fou, et le Roi l'emporte
... ou quand on est
cantonné à son esprit cartonné
C’est mon sussucre d’après le boulot. Mieux qu’une cigarette. C’est dire. Tenez, aujourd’hui. Le temps est gris, insupportable hiver sans neige. 8 degrés, température nulle par définition. Même le temps se fait insignifiant sujet de conversation. Du vent à vous soulever avec art chaque mèche de cheveux pour que la pluie y pénètre avec plus d’effet dévastateur. Nul. Entrer dans la voiture. Etendre les jambes sur les pédales, et le générique du Fou du Roi s’enclenche. Vieille habitude. Du temps de Ruquier, que ce France Inter de l’entre matin – après-midi. Bon à l’époque, c’était en préparant des bouillies maison. Instants d’intelligence, d’esprit nécessaires.
Et donc, voilà Didier Porte qui prend la parole. 5 minutes de pur régal, à ne plus savoir, après, si l’on a rêvé le parcours que l’on a emprunté, en rentrant à la maison. A ne pas savoir, au fond, si l’on a préféré le plumage des mots ou le tramage de la réalité ainsi décryptée.
Incisif et Royal, (canin) le Didier. Bigrement tendre par son humanité.
On dit que c’est le ton qui fait la musique. Chez Didier Porte, ce sont les petites clés, posées ci et là qui font le fond pour qui veut entendre.
Aujourd’hui, la star des émissions poubelles (trash-TV est un concept dont on parlait comme de l’insensé « made in America » que la finesse toute européenne ne saurait importer, dans les années 80) était l’invité du plateau.
A moins de ne pas avoir de poste de télévision, il est impossible de ne pas avoir vu une telle émission, et d’ignorer le fonds misérable qui en fait une victoire du paf.
Impossible, aussi, pour tout auditeur habitué de Didier Porte d’ignorer qu’il a un talent fou pour relever l’inhumain qui s’y cache (enfin, cela semble évident, mais malheureusement, tout ce qui devient habituel porte les relents de la banalisation de l’abject). Et mérite que l’on ne baisse pas les bras. Sinon, c’est le désespoir.
Je vous explique, aujourd’hui, par exemple…
A un moment de sa chronique, Didier Porte cite Arthur : « Oui j’ai de l’argent, j’ai beaucoup d’argent et je suis sûr que vous tous sur ce studio rêveriez d’en avoir autant. » (…) et explique qu’en entendant ces mots « On hésite entre l’indignation face à autant d’arrogance et l’attendrissement devant une telle candeur (…) » Et à Didier Porte de préciser, presque attendri, qu’il penche pour le second. Tout en précisant, à l’adresse d’Arthur (présent sur le plateau) : « Tout le monde ne rêve pas de devenir milliardaire en faisant des émissions où l’on fait pleurer des smicards télégéniques. »
Moi, là, c’est Didier Porte qui m’a émue. (1)
Et voilà Arthur (qui n’a de royal que son nom) de prendre sa petite voix calme et douce pour relever qu’un journaliste, chroniqueur, cela gagne trop bien pour parler de ces choses là. Un vrai fou de bas sens, le voilà à brasser des concepts, très cons, pour lancer avec emphase : « Il faut donner un peu d’espoir ! » (ce qu’il fait, ou prétend faire) et d’enchaîner dans un matériau en tel toc qu’il ne saurait lier que du flou.
Allez expliquer à Arthur que le fait que Marx n’était pas un prolétaire, que Zola n’était pas un mineur ! Allez expliquer à Arthur, ou autres, quoi déjà ? Vendeurs de rêves ? que rien n’est plus désespérant que voir oui, voir, une femme perdre toute dignité pour une boîte en carton avec un chiffre dedans. Tout ceci m’a profondément désespérée.
cantonné à son esprit cartonné
C’est mon sussucre d’après le boulot. Mieux qu’une cigarette. C’est dire. Tenez, aujourd’hui. Le temps est gris, insupportable hiver sans neige. 8 degrés, température nulle par définition. Même le temps se fait insignifiant sujet de conversation. Du vent à vous soulever avec art chaque mèche de cheveux pour que la pluie y pénètre avec plus d’effet dévastateur. Nul. Entrer dans la voiture. Etendre les jambes sur les pédales, et le générique du Fou du Roi s’enclenche. Vieille habitude. Du temps de Ruquier, que ce France Inter de l’entre matin – après-midi. Bon à l’époque, c’était en préparant des bouillies maison. Instants d’intelligence, d’esprit nécessaires.
Et donc, voilà Didier Porte qui prend la parole. 5 minutes de pur régal, à ne plus savoir, après, si l’on a rêvé le parcours que l’on a emprunté, en rentrant à la maison. A ne pas savoir, au fond, si l’on a préféré le plumage des mots ou le tramage de la réalité ainsi décryptée.
Incisif et Royal, (canin) le Didier. Bigrement tendre par son humanité.
On dit que c’est le ton qui fait la musique. Chez Didier Porte, ce sont les petites clés, posées ci et là qui font le fond pour qui veut entendre.
Aujourd’hui, la star des émissions poubelles (trash-TV est un concept dont on parlait comme de l’insensé « made in America » que la finesse toute européenne ne saurait importer, dans les années 80) était l’invité du plateau.
A moins de ne pas avoir de poste de télévision, il est impossible de ne pas avoir vu une telle émission, et d’ignorer le fonds misérable qui en fait une victoire du paf.
Impossible, aussi, pour tout auditeur habitué de Didier Porte d’ignorer qu’il a un talent fou pour relever l’inhumain qui s’y cache (enfin, cela semble évident, mais malheureusement, tout ce qui devient habituel porte les relents de la banalisation de l’abject). Et mérite que l’on ne baisse pas les bras. Sinon, c’est le désespoir.
Je vous explique, aujourd’hui, par exemple…
A un moment de sa chronique, Didier Porte cite Arthur : « Oui j’ai de l’argent, j’ai beaucoup d’argent et je suis sûr que vous tous sur ce studio rêveriez d’en avoir autant. » (…) et explique qu’en entendant ces mots « On hésite entre l’indignation face à autant d’arrogance et l’attendrissement devant une telle candeur (…) » Et à Didier Porte de préciser, presque attendri, qu’il penche pour le second. Tout en précisant, à l’adresse d’Arthur (présent sur le plateau) : « Tout le monde ne rêve pas de devenir milliardaire en faisant des émissions où l’on fait pleurer des smicards télégéniques. »
Moi, là, c’est Didier Porte qui m’a émue. (1)
Et voilà Arthur (qui n’a de royal que son nom) de prendre sa petite voix calme et douce pour relever qu’un journaliste, chroniqueur, cela gagne trop bien pour parler de ces choses là. Un vrai fou de bas sens, le voilà à brasser des concepts, très cons, pour lancer avec emphase : « Il faut donner un peu d’espoir ! » (ce qu’il fait, ou prétend faire) et d’enchaîner dans un matériau en tel toc qu’il ne saurait lier que du flou.
Allez expliquer à Arthur que le fait que Marx n’était pas un prolétaire, que Zola n’était pas un mineur ! Allez expliquer à Arthur, ou autres, quoi déjà ? Vendeurs de rêves ? que rien n’est plus désespérant que voir oui, voir, une femme perdre toute dignité pour une boîte en carton avec un chiffre dedans. Tout ceci m’a profondément désespérée.

Ceci dit, moi, Arthur, je l’aime bien.
Grâce à lui, mes enfants ont compris, de façon imagée ce que vicieux veut dire. C’est important, à notre époque de dingues, que les enfants réalisent, visualisent dans le cocon protecteur familial que le charme, le sourire, cela ne veut pas dire que l’on vous aime bien. Grâce à ces émissions, assise à côtés d’eux, l’air de rien, au risque de laisser un quelconque souper sur la table être englouti par le chien, je joue les coachs, les didiers, si l’on veut.
La gourmandise : tu vois, avec 10'000 € il pouvait tranquille, voir venir quelque temps. Mais non, l’avidité, c’est ça. L’envie d’en avoir toujours plus, facilement. Sans avoir besoin de réfléchir, par paresse, peut-être. De se comparer avec ce qui ne mérite même pas un regard. Et cet avarice : c’est dingue, quand même de voir qu’il y en a qui peuvent au Château grignoter tout le temps de téléphone de tous. Chanter plus fort, plus haut, se mettre en avant, écraser l’autre. Cet Orgueil ridicule de passer à la télé, même pour se montrer sous son pire jour.
(bon, la luxure, je leur laisse découvrir pour plus tard)
Colère ! Arthur serait vendeur d’espoir ???? Pitié, à ces heures d’écoute, il y a des enfants, dont les mères préparent le souper, merde ! Je l’avoue, la colère, c’est moi, qui la leur fait comprendre : pour protéger leurs rêves.
Si, contrairement à Didier Porte je ne ressentais pour Arthur non pas une sorte d’attendrissement, mais une indifférence totale, comme face à un cintre portant du vent. Là, cette colère d’Arthur m’a assez choquée pour prendre mon clavier et relever ses propos de miséreux de l’esprit. Assez écoeurée pour aller sur le site du Théâtre du Gymnase où Arthur tiendra son one-man show, raison pour laquelle il tourne les plateaux, en « grand » « invité » de « chroniqueur » pour vendre son spectacle : « Arthur en vrai »
Je cite le teaser : En Paparazzi de sa propre vie, il nous dévoile enfin son quotidien acide et hilarant en pure autodérision. Parce que finalement sa vie est « Un désastre sympathique » !
Autodérision ? On croit rêver…
Je dirais le contraire : Arthur en vrai :
Une réussite antipathique.
Arthur est le type qui a lancé à Didier Porte, chroniqueur à la verve incisive mais profondément humaine, ce 18 janvier 2007 : :
« Vos salles sont vides, les miennes sont pleines. Je suis l’Invité, je Suis Là, et Vous vous faites le chroniqueur, chacun fait son parcours ! C’est de la jalousie qui devient l’aigreur ! »
Pourquoi ai-je envie de relire Sartre, là en écoutant Brassens ?
(1) heps, entre nous, Didier Porte a réussi, là, une jolie démonstration de ce qui s'appelle en jargon informatique, un plantage : ou, tourner en boucle.

