Truva
Il s'appelait Truva
Ce bateau, c'est - enfin, je devrais dire, "c'était", mais je ne peux m'y résoudre - mes pensées sont soudées à chaque clou de ce bateau. Il est né en 1967, et il effectuait les traversées Venise, Brindisi, Izmir.
C'est mon enfance. Truva, cette image, c'est comme voir une maison de mon passé.
C'est l'amour de la mer, des bateaux.
C'est l'odeur du large. Ces dauphins qui zigzagaient devant la proue.
C'est la simplicité conviviale qui règnait sur ce bateau, les repas avec le capitaine tout de blanc vêtu. Le personnel de bord qui savait fermer les yeux sur les habitués qui passaient au-delà des panneaux d'interdiction. Quand l'envie de jouer à la figure de proue, (ouais, ouais, comme Kate Winslet, c'est d'ailleurs à mes yeux, la plus belle scène du film à la fin par trop téléphonée). Les anglais ne peuvent dire "it" pour parler d'un navire. Ils disent "she", comme pour parler d'une femme. Pour moi, Truva c'est plus. Un ensemble de choses, d'éléments, inoubliables.
L'odeur du fioul. Regarder à peine la ménagerie de verre, la Place et les ponts des soupirs, si impatiente de retrouver ma maison flottante.
La traversée de Venise, quand ce bateau un peu pataud, se prenait pour une gondole.
La petite sonnerie qui nous appelait pour le petit-déjeuner, les repas.
La piscine avec ses mosaïques bleues, et rouges, remplie spécialement trop peu, pour le plaisir des enfants. Avec les vagues, la piscine devenait un océan tourmenté en plein milieu de la mer.
Les grosses vagues qui nous attendaient, fidèles, en remontant de la zone sous la Grèce, à la mer Egée. Parfois terrifiantes. Mais chouettes, aussi, parce que le bateau était alors à moi. Tous les autres étant pliés dans leur cabine. Jamais eu le mal de mer. Il m'est arrivé par contre, d'avoir le mal de terre.
Et puis, comme l'avait dit un jour, le capitaine, dans une forme de boutade : "bu gemi batmaz, patlar". Ce bateau ne coulera jamais, il pourrait exploser.
Les odeurs de köfte quand on bronzait sur le pont, en haut.
Le bar du capitaine, avec ses tables en bois, ses coussins multicolores.
Le portrait d'Atatürk, dans le grand salon, que toute petite j'avais confondu avec celle de mon grand-père.
Il y avait les allers ... et puis, il y avait les retours.
Très jeune, j'ai appris que tout lieu n'est finalement qu'une affaire d'état d'esprit.
A l'arrière du bateau, lorsque l'on quittait Izmir, je retrouvais ma cabine, avec une envie : dormir. Dormir 11 mois.
Il y a quelques années, sur un forum de cinglés adorables de vieux bateaux, j'avais demandé des nouvelles d'une des maisons où j'ai laissé un peu de mon âme. La réponse tardant à venir, j'ai passé le temps ...
Il y a quelques mois, j'ai trouvé ma réponse ...

Eh bien, je ne veux pas savoir.
Voyez. Je vais faire comme si je ne savais pas.
Je vais faire comme si Truva continuait à finir ses jours entre Istanbul et Izmir. Je vais en rester à cette date, ci-dessus.
Et puis, d'abord, c'est idiot d'aimer un bateau à ce point. Qu'une simple image de son petit corps trapu vous remue le coeur.
merci à wowturkey.com. Qu'est-ce que j'aurais mieux fait de ne pas poser la question.
Labels: Truva Turquie bateau mer


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